La ville d’Uvira, au Sud-Kivu, tente de reprendre son souffle après une période marquée par l’insécurité, les pillages et une profonde détresse humanitaire. Lundi, le gouvernement de la République démocratique du Congo a annoncé la mise en œuvre d’un plan de restauration progressive de l’autorité de l’État dans cette entité stratégique de l’est du pays, combinant des mesures sécuritaires, judiciaires et humanitaires, selon un communiqué consulté par notre rédaction.
Un plan multidimensionnel pour une ville meurtrie
Selon les autorités congolaises, ce plan vise à rétablir durablement la sécurité, à protéger les populations civiles et à favoriser la stabilisation sociale dans une zone profondément affectée par les violences armées. Il s’inscrit dans un contexte post-retrait de l’armée de l’AFC/M23.
D’après le communiqué officiel, ce retrait n’a pas été synonyme d’accalmie pour la population. Il aurait été précédé par des actes répétés et systématiques de pillages, des vols à grande échelle, la destruction de biens civils et l’instauration d’un désordre prémédité, aggravant une situation humanitaire déjà critique.
Pillages et précarité : le quotidien des civils
Dans plusieurs quartiers d’Uvira, les habitants témoignent d’une réalité marquée par la perte de leurs moyens de subsistance. Boutiques vidées, maisons saccagées, centres de santé dépouillés de leurs équipements : les pillages ont laissé de nombreuses familles sans ressources, accentuant l’insécurité alimentaire et l’accès limité aux soins de santé.
Les femmes, les enfants et les personnes âgées figurent parmi les plus touchés. De nombreux ménages vivent aujourd’hui dans la peur, parfois contraints de se déplacer à l’intérieur de la ville ou vers des zones périphériques plus sûres, avec peu ou pas d’assistance humanitaire immédiate.
Une cohésion sociale fragilisée
Le gouvernement congolais dénonce également des actions de stigmatisation communautaire qui auraient accompagné cette période d’occupation. Ces pratiques, selon Kinshasa, ont gravement affecté la cohésion sociale et exposé certaines communautés à des risques accrus de représailles et de violences ciblées.
Le communiqué souligne en particulier la déportation de populations civiles, notamment des membres de la communauté banyamulenge. Certains auraient été contraints de quitter Uvira sous la pression des forces rwandaises et de leurs alliés de l’AFC/M23. Ces actes sont qualifiés d’« inacceptables » et de violations graves des droits fondamentaux, appelant à une réponse nationale et internationale.
Un retrait jugé insuffisant
Pour les autorités congolaises, le retrait des forces étrangères d’Uvira ne saurait être interprété comme un geste de bonne foi ni comme un signal d’apaisement durable. Il est présenté comme un développement ponctuel, sans impact structurel sur la situation sécuritaire globale dans l’est de la RDC.
La position du gouvernement reste ferme : la seule issue acceptable demeure le retrait total, effectif et sans condition des forces rwandaises et de leurs supplétifs de l’ensemble du territoire congolais. Cette exigence s’appuie sur la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, les engagements de l’accord de Washington du 27 juin 2025 et le processus de Doha.
Le retour progressif de l’État
Sur le terrain, les Forces armées de la RDC (FARDC), la Police nationale congolaise (PNC) et d’autres services de sécurité poursuivent leur retour progressif et coordonné à Uvira et dans ses environs. L’objectif affiché est de rétablir l’autorité de l’État, de sécuriser les personnes et leurs biens, et de créer un environnement propice au retour des déplacés et à la reprise des activités socio-économiques.
Toutefois, la réussite de ce processus dépendra aussi de la capacité des autorités à répondre à l’urgence humanitaire, à restaurer la confiance entre les communautés et à lutter contre l’impunité des crimes commis.
Appel au calme et à la responsabilité collective
Face à la fragilité de la situation, le gouvernement appelle l’ensemble de la population à la retenue, au calme et au sens de responsabilité. Il met en garde contre toute manipulation, désinformation ou discours de haine susceptibles d’alimenter de nouvelles tensions dans une ville déjà éprouvée.
À Uvira, la paix reste précaire, mais l’espoir d’un retour progressif à la normalité subsiste. Pour les populations civiles, la restauration de l’autorité de l’État ne sera véritablement effective que si elle s’accompagne d’une protection réelle, d’une assistance humanitaire adéquate et d’un engagement durable en faveur de la justice et de la cohésion sociale.
Rédaction Dream Congo Médias